samedi 1 août 2015

Point Reyes

Point Reyes est une péninsule située à une cinquantaine de kilomètres au nord de San Francisco qui offre des paysages uniques sur la côte californienne. C'est également une réserve de faune sauvage importante et variée. Nous avons beau connaitre Point Reyes depuis des années, cela reste l'une de nos destinations favorites autour de San Francisco. Lors du présent séjour, nous avons entrepris une exploration quasi systématique des sentiers de randonnées.

Quand on arrive vers San Francisco en avion par le nord et que le brouillard n'est pas au rendez-vous, la pointe de Point Reyes se repère tout de suite par sa forme bien particulière. Et pour cause, il s'agit d'un morceau de terre qui appartient à la plaque pacifique et qui coulisse vers le nord le long de la faille de San Andreas. En regardant une carte, on voit que la "ligne de découpe" qui correspond à la faille est évidente. D'ailleurs l'épicentre du grand tremblement de terre de 1906 se trouvait au niveau du village de Olema et un sentier dit "du tremblement de terre" au "visitor center" de Point Reyes explique en détail les mouvements tectoniques de la région.


La datcha à Inverness 
Pour aller de San Francisco à Point Reyes on emprunte la route côtière numéro 1 avec ses nombreux virages et qui offre un spectacle grandiose sur la côte pacifique. On quitte la côte au niveau de la petite station balnéaire de Stinson Beach, l'une des rares plages autour de San Francisco où l'eau se réchauffe suffisamment pour permettre une courte baignade dans l'océan.  On rentre dans les terres en longeant le lagon de Bolinas qui abrite de nombreux oiseaux et mammifères marins. Le lagon est lui même situé sur la faille et marque l'entrée de la péninsule de Point Reyes.
Plus loin, le "Sir Francis Drake boulevard" traverse les villages d'Inverness Station et d'Inverness avec leurs maisons de style est-européen; Andrew Romanoff, descendant du dernier tsar de Russie, vit d'ailleurs toujours là-bas. Une splendide datcha sur pilotis et le décor typique du restaurant tchèque Vladimir's, contrastent avec les ranchs que l'on trouve un peu plus loin sur la péninsule. Ceux-ci sont identifiées par une lettre de l'alphabet correspondant à une division géographique des lieux. Quand on voit la localisation de ces ranchs aujourd'hui (dont certains sont encore en exploitation) on ne peut s'empêcher de penser aux pionniers qui sont venus s'installer ici, ils ne pouvaient vraiment pas aller plus loin à l'ouest !


Jour de brouillard au phare
Point Reyes c'est bien sûr son phare à l'extrême pointe ouest de la péninsule, auquel on accède en descendant plus de 300 marches ! Le phare est en-effet construit en contrebas de la falaise de façon à être situé sous le niveau habituel du brouillard. À l'intérieur, une monumentale lentille de Fresnel construite à Paris en 1867 et un petit musée qui décrit les conditions de vie très difficiles des gardiens de phares qui devaient faire face à des tempêtes dantesques. Curieusement cette pointe de Point Reyes est un endroit où le climat est extrême de par le brouillard et le vent mais où il pleut très peu. Un vaste système de récupération des eaux de pluie est visible en haut des marches qui descendent au phare, il fallait en effet pas mal d'eau pour alimenter la machine à vapeur actionnant la corne de brume. Le vent peut souffler si fort et si longtemps que certains gardiens sont parait-il devenus fous !


Alamere Falls
De nombreux sentiers de randonnées sillonnent Point Reyes. L'un d'entre eux part un peu au nord de Bolinas et permet de rejoindre les cascades d'Alamere. Superbe balade à faire à la fin de l'hiver lorsque les ruisseaux sont gorgés d'eau. La dernière cascade tombe directement sur la plage, c'est de toute beauté.

Bien d'autres chemins permettent d'explorer les baies (Limantour, Drake ...) dont certaines sont refermées par un cordon lagunaire. Cette configuration offre refuge et nourriture à toute une faune. Il n'est pas rare d'être épié par quelques phoques curieux ou de voir des raies chasser à quelques mètres du rivage.

La baie la plus encaissée dans les terres est celle de Tomales qui remonte le long de la faille de San Andreas, la randonnée pour se rendre à son extrémité (Tomales Point) est assez longue (20 km aller et retour) mais vaut vraiment l'effort; la pointe est battue par les vagues et de nombreuses espèces d'oiseaux y sont présentes. Le long du chemin nous avons croisé plusieurs troupeaux de cerfs de Tulé (Tule Elk), ce sont de grands cerfs au pelage très clair qui ont faillit disparaître avec l'arrivée des premiers colons qui trouvaient en eux des cibles faciles et nourrissantes. Il parait que les cerfs de Tulé actuels sont les descendants d'une petite dizaine de rescapés.


Tule Elk
Point culminant de Point Reyes, le Mont Vision offre une vue à 360 degrés qui montre à quel point la mer et les terres se mélangent à Point Reyes. En redescendant du Mont Vision vers la baie de Tomales, on peut s'arrêter sur l'une des plages qui bordent la baie, l'eau réchauffée par le soleil y est agréable et si l'on aperçoit quelques ailerons, il s'agit sans doute de requins léopards, sans danger pour l'homme (mais un peu flippant quand même...).

Nous ne nous lassons pas de Point Reyes et je crois que nous y retournerons encore quelques fois...
Tomales Point

mercredi 11 février 2015

Retour à Death Valley - Eureka Sand Dunes

Il y a plusieurs sites avec des dunes de sables dans la Vallée de la Mort. Lors d'un précédent périple nous avions vu celles qui se trouvent à proximité de Stovepipe Well, qui sans être très hautes, sont surtout intéressantes de par leur situation dans le paysage grandiose environnant. Le champ de dunes d'Eureka s'annonçait beaucoup plus impressionnant, puisqu'en culminant à 230 mètres au dessus du sol, elles seraient les plus hautes d'Amérique du nord.
Arrivée vers les dunes, on voit bien la "tôle ondulée" sur la route
Voir ces dunes se mérite, elles sont situées au fin fond du parc de Death Valley, coincée derrière les "Last Chance Montains" et uniquement accessibles par une piste de 67 km aller simple. Cette fois, nous n'avions pas loué de Jeep, nous y sommes donc allé avec notre Nissan Murano en espérant ne pas crever un pneu en chemin. Après quelques kilomètres, nous avons vu que la piste formait une "tôle ondulée" bien prononcée. Nous avons commencé par prendre ces ondulations au ralenti afin de ne pas tout casser mais nous avons vite réalisé qu'il n'était pas possible de faire les 67 km de cette manière.

Crankshaft Junction
Nous nous sommes heureusement rappelé du film "Le Salaire de la Peur" d'Henri-Georges Clouzot et du fameux passage de la "tôle ondulée", nous avons donc appuyé sur le champignon et comme dans le film, vers 50-60 km/h, la voiture "vole" d'une ondulation à l'autre quasiment sans secousse. Le seul problème est que l'absence de secousse s'accompagne d'une absence d'adhérence des pneus ! Il faut alors être extrêmement vigilant car la piste est régulièrement coupée par des ornières qu'il convient de négocier à l'extrême ralenti, sous peine de tout casser. Patricia faisait la copilote en annonçant les ornières pendant que je tentais de garder le cap. Heureusement sur ces pistes, les autres véhicules se repèrent de très loin grâce aux nuages de poussières qui les accompagnent, cela permet d'utiliser sans risque toute la largeur de la piste. 

Après une vingtaine de kilomètres, la piste bifurque vers la gauche à "Crankshaft Junction", littéralement : "le croisement du vilebrequin", Curieux endroit, effectivement  décoré par de vieux vilebrequins rouillés qui nous rappellent "Teakettle Junction" sur la route de "Racetrack Playa". 

Crater Mine


La piste grimpe ensuite dans la montagne, jusqu'à "Crater Mine", site d'une ancienne mine de soufre qui a dû être abandonnée en l'état, sans chercher à récupérer le matériel. En descendant de la voiture on sent tout de suite l'odeur caractéristique du soufre. Nous explorons un peu les lieux en marchant dans une bonne couche de matière pulvérulente blanche - qui doit être du borax - parsemée de pierres jaunâtres, riches en soufre. Je n'ai pas trouvé beaucoup d'informations sur l'histoire de cette mine. Ce site indique qu'elle aurait été exploitée à plusieurs reprises sur des périodes assez courtes entre 1930 et 1990 et qu'elle aurait même explosée dans les années 1950 ! En visitant ces très nombreuses mines très vites abandonnées, on se dit que bien que le terrain soit certainement très riche en minerais de toutes sortes, les prospecteurs ont dû très vite se heurter à des difficultés pratiques. L'extrême chaleur durant l'été et les difficultés d'acheminement du matériel et du minerais, ne devaient pas être les moindres.

Les dunes d'Eureka
Peu après "Crater Mine", la piste se transforme en route goudronnée, reste certainement de la dernière tentative d'exploitation de la mine. Malheureusement cela ne dure pas et nous retrouvons vite... la tôle ondulée. Les derniers kilomètres sont d'ailleurs assez éprouvants. Mais cela en vaut vraiment la peine car le champ de dunes est magnifique.

Nous garons la voiture et partons faire l'ascension des dunes, il faut faire vite car le soleil est déjà bas sur l'horizon et nous devons refaire les 67 km de piste en sens inverse. Nous ne ferons pas l'ascension complète, mais nous grimpons quand même pas mal, au rythme de trois pas en avant et l'équivalent de deux en arrière quand la pente se fait raide ; c'est épuisant  ! En avançant, nous découvrons une végétation très particulière, il y a en effet plusieurs espèces de plantes endémiques qui se sont adaptées à cet environnement pour le moins hostile à la végétation.

Nous avons eu de la chance, car deux jours plus tôt, le vent soufflant très fort, a certainement effacé les traces de pas des touristes et les dunes sont presque immaculées.

En bas des dunes se trouve un camping avec les emplacements les plus grands et les plus isolés que nous ayons jamais vus. Nous nous disons que ce serait formidable de passer quelques jours et quelques nuits ici à condition bien sûr d'avoir des réserves d'eau suffisantes car il n'y en a pas dans le camping.

Nous rentrons à la nuit tombante, ravis de ce nouveau périple et conscients d'avoir vu quelque chose d'exceptionnel. Ce qui frappe surtout en allant là bas, c'est l'immensité du parc ; on réalise qu'il doit y avoir bien des canyons et bien des vallées cachées, hors de portée de la plupart des visiteurs.






























  • Toutes nos photos d'Eureka Sand Dune sont visibles ici

dimanche 8 février 2015

Retour à Death Valley - Racetrack Playa

Racetrack Playa est cet endroit extraordinaire où des pierres pesant plusieurs dizaines de kilogrammes se déplacent apparemment toutes seules - ou du moins sans intervention humaine - en laissant des traces bien visibles dans le sol. Le site se trouve dans la partie nord du parc de "Death Valley" non loin du camping de Mesquite Spring dans lequel nous avions planté notre tente.

Avant de nous aventurer là bas, nous nous étions renseigné auprès d'un "ranger" du parc afin de connaître l'état de la piste longue de 45 km qu'il fallait emprunter. Son avis fut sans appel : "n'y allez pas avec votre voiture, vous allez la détruire...". Une affiche dans le camping mettait également les gens en garde sur le risque de déchirure des pneus et de destruction de la transmission ! Bref, pas très engageant tout ça... Nous avons donc décidé de ne pas prendre de risques et de louer une Jeep à Furnace Creek qui se trouve à l'autre extrémité du parc. En gros, c'est à peu près comme si en campant à Annecy, on allait louer une voiture à Grenoble afin de visiter Chamonix et le tout dans la journée bien entendu ! Ce n'est pas donné (environ 300$ la journée), mais les gens de cette entreprise familiale sont plutôt sympas, les voitures sont en excellents états et une balise de localisation par satellite est même fournie en cas de problème (je préfère ne pas penser au coût du dépannage quand on déclenche la balise...)

Nous voilà donc au volant de notre belle Jeep Wrangler, en route pour Racetrack Playa. Après 80 km de route, nous attaquons la fameuse piste qui se révèle en fait pas si terrible que cela, nous aurions certainement pu la faire avec notre voiture, mais il est vrai que le fait d'être dans un vrai 4x4 costaud permet de ne pas se poser de question et de parcourir les 45 km de piste en 1h30 environ. Le vrai risque est lié aux bordures de la piste pleines de pierres bien aiguisées qui ne demandent qu'à lacérer les pneus; il faut donc rester loin des bords et faire super attention en se serrant pour croiser les autres véhicules (heureusement assez peu nombreux).


Teakettle Junction
La piste s'enfonce dans la montagne, avec un passage somptueux au milieux de Joshua Trees. On arrive ensuite à Teakettle Junction, c'est à dire littéralement : "le croisement des bouilloires" ! Et en effet, le panneau indicateur en bois est orné de quelques dizaines de bouilloires. Nous ne connaissons pas l'origine de cette tradition, mais c'est en tout cas pour le moins original. Sur l'une des bouilloires, figurait un message demandant aux visiteurs de passage de se prendre en photo devant le panneau et d'envoyer celle-ci à une adresse mail. Nous avons joué le jeu et peu après, nous avons reçu en retour une photo de la part des propriétaires de la bouilloire qui habitent à Saint Pétersbourg. Autre détail amusant sur ce lieu; c'est l'un des seuls endroits du nord de la Vallée de la Mort où le téléphone cellulaire passe, il y a même de la 4G ! Pourquoi ici ? Mystère... Nous avons donc pu en profiter pour envoyer quelques messages aux enfants.

Grandstand depuis le chemin qui mène à Ubehebe Peak
Encore quelques kilomètres et on arrive en vue de Racetrack Playa. La vue est saisissante, la "playa" est le fond d'un lac asséché, parfaitement plat (il n'y a que 4 cm de dénivelé entre les deux extrémités distantes de 4.5 km), de couleur ocre uniforme et avec une île rocheuse nommée "Grandstand" (la tribune) qui se dresse comme une sorte de vaisseau figé dans la boue. Le paysage évoquait le film "Dune" à Patricia. On a effectivement l'impression d'être dans un décor de science-fiction. Lorsqu'elle est sèche, on peut marcher sur la Playa et grimper entre les rochers de Grandstand. Quelques idiots n'ont pu s'empêcher de laisser des traces en marchant alors que la boue n'était pas sèche, c'est dommage car par ailleurs, le sol est immaculé, sans une seule trace de végétation, on ne distingue que les motifs géométriques formés par la boue séchée.

Vers Grandstand, c'est à dire au nord de la Playa, il n'y a pas de traces visibles de pierres qui bougent, il faut reprendre la Jeep afin de rejoindre la partie sud.

Celui-ci doit bien faire dans les 30-40 kg
L’œil est tout de suite attiré par ces grosses pierres isolées sur la Playa dont on se demande comment elles ont pu arriver là. En s'approchant on constate qu'elles ont laissé une traces bien marquée dans la boue. Certaines ont visiblement changé de direction, parfois la trace forme un angle à 90 degrés. Certaines pierre se déplacent de conserve comme en témoignent les traces parallèles, d'autres se croisent... c'est très étonnant à voir et on se demande bien quel mécanisme peut mettre en mouvement des rochers aussi lourds et souvent bien calés dans le sol.

L'un des éboulis qui alimentent la Playa en pierres
Le plus étonnant est peu-être que ce phénomène, bien que connu depuis fort longtemps, n'a été clairement photographié et mesuré que lors de l'hiver 2013-2014. Des pierres préalablement équipées de puces GPS et filmées se sont mises en mouvement quand toutes les conditions météo (température, humidité et vent) ont été réunies, permettant ainsi d'analyser le phénomène. Si je comprends, bien c'est la poussée de fines plaques de glace qui provoque le déplacement des pierres sous l'effet du vent et alors que la Playa inondée et gelée commence à fondre. Quand les conditions sont bonnes, une légère brise suffit pour mettre les pierres en mouvement. Les pierres elles-mêmes proviennent de quelques éboulis situés au sud de la Playa.

Avant de reprendre la piste en sens inverse, nous avons emprunté le sentier qui monte vers Ubehebe (prononcer you-bi-hi-bi) Peak afin d'admirer le site dans son ensemble. Sur le chemin du retour nous avons encore fait une courte randonnée vers les anciennes mines de plomb de Ubehebe avant de devoir à regret, reprendre la Jeep à la nuit tombante.

Racetrack Playa au soleil couchant
  • Toutes nos photos de Racetrack playa sont visible ici
  • L'article publié dans PLOS ONE sur le déplacement des pierres peut-être consulté ici



mercredi 28 janvier 2015

Retour à Death Valley - Scotty's Castle

Vous l'aurez peut-être remarqué, nous aimons beaucoup le désert. Du coup, nous avons décidé, comme l'an dernier, d'aller passer la période autour du nouvel an dans la Vallée de la Mort. La dernière fois nous avions campé à côté Furnace Creek au sud de la vallée, c'est à dire dans la partie la plus touristique (Bad Water, Zabriskie point, etc...). Cette fois, nous voulions visiter la partie nord où Patricia avait repéré un certain nombre de sites très tentants. Pas trop de choix pour le camping dans cette partie de la vallée, Mesquite Spring est le seul dans cette région qui propose des points d'eau. Comme toujours, ce type de camping correspond exactement à ce que nous recherchons : grand emplacement avec une table et un feu de camp ("fire pit"), le tout dans un décor naturel somptueux. Par contre il faut savoir qu'il peut faire froid dans la Vallée de la Mort en hiver, la température au camping n'est jamais montée au dessus de 6 degrés et il a gelé pratiquement toutes les nuits, mais nous sommes bien équipés. Le problème a vraiment été le vent durant deux jours !

Scotty's Castle
San Francisco - Mesquite Spring, c'est près de 900 km de route soit 9h, et étant donné qu'il fait nuit à 17h30 fin décembre, nous avons choisi de faire escale dans un motel à Ridgecrest, afin d'arriver en tout début d'après midi au camping. Une fois installé nous avons filé visiter Scotty's Castle, situé à quelques kilomètres de là. L'histoire de ce lieu et surtout des personnes qui s'y rattachent est des plus fascinante. Walter E. Scott était un original, mythomane, qui avait réussi à convaincre des investisseurs de financer ses mines situées au fin fond la Vallée de la Mort. 
Scotty's Castle, une oasis dans le désert
Bien évidemment les investisseurs ne voyaient jamais la couleur de l'or, Scotty inventaient toutes sortes d'histoire et se livrait même à des mises en scène afin de se couvrir. Bien entendu le pot aux roses finit par être découvert, mais contre toute attente, l'un des financiers, Albert Mussey Johnson se prit d'amitié pour Scotty qui vraisemblablement l'amusait et lui faisait vivre des aventures par procuration. Il tomba également amoureux de la Vallée de la Mort, acquit un terrain près d'une source et fit construire une somptueuse maison qu'il ne cessa avec son épouse d'embellir et d'agrandir. Le résultat est vraiment splendide, à l'opposé de Hearst Castle, demeure d'un mégalomane fortuné (le Citizen Kane d'Orson Welles) qui cherchait à en mettre plein la vue à ses invités et à ses maîtresses. Au contraire Scotty's Castle semble être la demeure d'un couple qui cherchaient surtout à être bien installé, dans un bel endroit et au milieu d'objets de collection. La crise passa par là, la vie devint plus difficile et la maison ne fut jamais finie, mais Albert Johnson ne laissa jamais tombé Scotty, ni sa femme et son fils à qui il versa une pension car Scotty était bien incapable de subvenir à leurs besoins.

Toutes les photos de Scotty's Castle sont visibles ici.

dimanche 7 décembre 2014

Désert Mojave

Le désert Mojave couvre une vaste zone au nord est de Los Angeles et qui inclut la célèbre Vallée de la Mort (Death Valley). Avec Patricia nous aimons particulièrement un endroit nommé Red Rock Canyon que nous avions découvert un peu par hasard lors d'un premier voyage il y a une vingtaine d'années. Le camping rustique de Red Rock Canyon est sans doute l'un des plus beaux de Californie, les emplacement sont situés aux pieds de falaises sculptées par le vent et les rares pluies torrentielles qui s'abattent sur le désert de temps en temps.

Nous aimons aussi beaucoup cette région car contrairement à la plupart des parc américains où les visiteurs sont cantonnés sur des chemins balisés dont il est interdit de sortir, Red Rock canyon et ses environs est totalement ouvert et c'est à chacun de faire son propre cheminement au milieu des canyons, des falaises, des Joshua trees (Yucca brevifolia) et autres rochers. Durant l'hiver nous privilégions aussi le désert en tant que destination car c'est la seule période où il soit vraiment possible de s'y aventurer sans risquer le coup de chaud et la déshydratation.

Indian Wells vers Owens peak
Nous avions pour but d'explorer quelques sites afin de voir des pétroglyphes indiens et nous avions donc préparé notre voyage dans ce sens. Si les pétroglyphes eux-mêmes et leur histoire sont bien décrits sur Internet et dans un certain nombre de livres, le problème est que les auteurs gardent volontairement secrète leur localisation exacte afin de les protéger du vandalisme. Nous pensions tout de même, tel Indiana Jones, les trouver sans trop de problèmes ; la réalité du terrain fut toute autre...

La première journée fut consacrée à explorer les environs d'Indian Wells au nord de Red Rock Canyon, où deux sites de pétroglyphes assez spectaculaires sont répertoriés. 
Mortiers indiens creusés dans une dalle de granit
Indian Wells road est en fait une piste qui s enfonce dans la montagne et qui n'est pas toujours facile à emprunter. Nous avons d'ailleurs tapé le bas de caisse de la voiture et avons dû nous extraire de la piste un peu acrobatiquement. Arrivés au bout de la piste, nous avons exploré les environs et cherché les deux sites pendant plusieurs heures en terrain accidenté. Nous avons fait tout un tas d'hypothèses en essayant de repérer les traces des visiteurs et en tentant de se mettre à la place des indiens afin d'imaginer quel rocher aurait pu servir de support. La nuit arrivant, nous avons dû nous avouer vaincu et prendre le chemin du retour car nous n'avions pas vraiment envie de refaire la piste dans l'obscurité. En redescendant, Patricia fut tout de même très chanceuse en tombant par hasard sur une magnifique dalle de granit creusée de mortiers indiens. Nous avons d'ailleurs été très surpris, car d'après notre livre, les mortiers sont rares dans cette région et surtout, celui-ci n'est pas répertorié ! Ceci dit, même si nous nous sentions un peu frustrés de ne rien avoir trouvé, les paysages étaient somptueux et nous avons fait une superbe balade.

Fossil Fall
Le deuxième jour, nous sommes allés à Fossil Fall au nord de Little Lake sur la route 395. Il s'agit d'un site volcanique particulièrement impressionnant dans lequel une coulée de lave a été façonnée par les glaciers présents lors des dernières périodes glacières et dans laquelle une ancienne rivière aujourd'hui disparue, s'est frayée un chemin. C'est impressionnant à voir car quand on arrive on ne soupçonne la présence de cette gorge qui entaille littéralement la coulée de lave.

Il y a une dizaine de milliers d'années, l'eau coulait à flot et le climat étant doux, on imagine aisément que les indiens soient venus s'installer afin de profiter de l'eau, du gibier et sans doute aussi pour rêver au milieu de paysages magnifiques.

En marchant pour atteindre le bas de la cascade fossile, nous avons trouvé plusieurs sites avec de nombreux éclats d'obsidienne. Ne voyant pas de traces de veines d'obsidienne dans la région, nous supposons qu'il s'agit de traces d'anciens chantiers de taille d'outils ou de pointes de flèches indiens. Finalement en arrivant à la sortie du canyon, à l'endroit où on imagine que la rivière s'élargissait au milieu de la prairie, nous avons finalement trouvé de magnifiques pétroglyphes représentant des caprins.
Pétroglyphes en bas de Fossil Falls





























Nous avons par la suite, vu plusieurs autres gravures, mais bien moins nettes et sans savoir s'il s'agissait de pétroglyphes authentiques ou de simples graffitis récents.

Trona Pinnacles
Disposant encore de quelques heures, nous sommes aller voir le site de Trona Pinnacles situé au fond de l'ancien lac Searles, maintenant asséché. En fin d'après-midi, avec les lumières rasantes du couchant, le spectacle était époustouflant, d'autant plus que nous ne nous attendions pas du tout à voir des concrétions de tuf aussi imposantes, certaines d'entre-elles dépassent les 40 mètres et sont le résultat d'une ancienne activité thermale au fond du lac. Nous avons appris en lisant les panneaux explicatifs que le site avait servi de décor pour de nombreux films dont La Planète des Singes, Star Trek V ou encore Battlestar Galactica. On a effectivement l'impression d'être sur une autre planète et l'atmosphère est surréaliste.

Hagen Canyon
Enfin, pour le dernier jour, pas de voiture, nous sommes parti du camping pour faire tout le tour de Red Rock Canyon et revenir par Hagen Canyon. Dix bons kilomètres de marche, mais quelle splendeur, notamment Hagen Canyon qui offre une palette de couleur extraordinaire dans un paysage très minéral. 

Et puis comme nous n'en avions pas encore assez, nous avons terminé par Scenic Cliff juste de l'autre côté de la route.

Ce fut un long week-end de Thanksgiving bien rempli, nous sommes rentrés à San Francisco tout desséchés, mais ravis de notre périple. D'ailleurs nous avons déjà prévu de retourner à Red Rock Canyon l'an prochain et cette fois nous les trouverons ces Pétroglyphes, d'ailleurs ce sera beaucoup plus simple car nous avons découvert aujourd'hui qu'ils sont parfaitement repérés sur Google Earth ! Damned !
Scenic Cliff


Toutes les photos du voyages sont visibles ici

Biblio :
  • Rocks drawings of the Coso range - Campbell Grant et al. ISBN 9 780943 041001
  • Secret places in the Mojave desert Volume 1 et 2 - Death Valley Jim - Disponible sur Kindle - Voir : http://deathvalleyjim.com/ 

samedi 20 septembre 2014

Road trip vers Yellowstone

Le "road trip" est un concept qui prend tout son sens aux États-Unis. Cela peut paraître curieux de mettre en avant le voyage en voiture lorsque l'on prend des vacances, mais ici l'échelle du pays fait que l'on n'a pas d'autre choix que de rouler beaucoup pour se rendre d'un point à un autre, donc tant qu'à faire, autant prendre cela positivement, rouler confortablement et profiter des paysages somptueux.

Cet été, nous avons décidé de visiter le parc national de Yellowstone et ses environs et d'y retrouver Bastien et Laurie Gavroche qui faisaient un road trip de leur côté. San Francisco - Yellowstone, c'est 1500 km aller simple ; il faut traverser la Californie, puis le Nevada, puis un bon morceau de l'Idaho, pour finalement arriver dans le parc qui est à cheval sur le Wyoming, le Montana et l'Idaho.

Yellowstone, c'est un peu la mère de tous les parcs nationaux américains, c'est en effet le premier à avoir été créé en 1872, couvrant une superficie de 8983 km2 il est plus grand qu'un département français, il compte 1500 km de chemins de randonnée et plus de deux millions de visiteurs le visitent chaque année. Avant de séjourner dans le parc, nous étions quelque peu épatés que le congrès américains, sous l'impulsion de Ferdinand V. Hayden, aient eu la clairvoyance,  de créer une réserve naturelle pareille dès 1872. En fait nous sommes un peu tombés de haut quand nous avons appris que si le congrès a bien voté la loi créant le parc, rien n'a alors été prévu pour le faire fonctionner et encore moins pour protéger les populations indiennes qui vivaient là. Faute de mieux, c'est donc l'armée qui a été envoyée et les indiens Sheepeaters du peuple Shoshone furent priés de déguerpir. En 1877 la tribu des Nez Perce (natifs de l'Oregon), pourchassée par l'armée, traversa le parc en prenant au passage quelques touristes en otages dont deux furent tués. Plusieurs batailles eurent lieux à Yellowstone, la dernière eu lieu plus au nord, non loin de la frontière canadienne et le Chef Joseph se rendit finalement avec ses braves en prononçant les paroles suivantes :


Chief Joseph
"I am tired of fighting.  Our chiefs are killed.  Looking Glass is dead.  Toohulhulsote is dead.  The old men are all dead.  It is the young men who say yes or no. He who led the young men is dead. 
     It is cold and we have no blankets.  The little children are freezing to death.  My people, some of them, have run away to the hills and have no blankets, no food.  No one knows where they are--perhaps freezing to death.  I want to have time to look for my children and see how many I can find.  Maybe I shall find them among the dead. 
     Hear me, my chiefs.  I am tired.  My heart is sick and sad.  From where the sun now stands, I will fight no more forever. "

Bref, quasiment plus de trace d'indiens à Yellowstone et pas vraiment de prise de conscience de la part des américains !

Yellowstone est surtout connu pour son activité hydrothermale et notamment ses geysers. Il faut réaliser que le parc est essentiellement ce qui reste d'un gigantesque volcan (imaginez un seul volcan dont le cratère, nommé dans ce cas "caldeira", mesure 55 x 72 km), ce super volcan se situe au dessus d'un point chaud du globe, c'est à dire à proximité d'une chambre magmatique d'à peu près la même taille que la caldeira et qui remonte à seulement 16 km de la surface. Le volcan de Yellowstone est déjà entré en éruption plusieurs fois, avec notamment deux grosses éruptions explosives il y a 2.1 et 1.3 millions d'années. Les géologues savent que le volcan explosera encore, mais a priori pas avant au moins 10 000 ans, ce sera sans doute alors une catastrophe planétaire d'une puissance estimée à 1000 fois celle de l'éruption du Mont Saint Helens en 1980. Et en effet, ce qui frappe quand on visite Yellowstone, c'est que ça fume, ça glougloute, ça bulle, ça jaillit de partout, le tout avec un délicat fumet de souffre accompagné de relents d’œuf pourri ! J'adore :-)

Nous avions choisi de planter notre tente à Norris Campground au nord-ouest du parc. En visitant au mois d’août et malgré la météo assez mauvaise, nous avons eu un gros coup de chance de trouver un emplacement du premier coup. Comme dans la plupart des parcs américains, les campings sont magnifiques, situés en pleine nature, avec des emplacements immenses, une table et un bac pour faire du feu. Côté sanitaire c'est un peu spartiate, mais à Norris il y avait tout de même des lavabos (eau froide) et des toilettes "à flush" (luxe suprême) !

La fragilité extrême du site (il parait qu'une simple pierre jetée dans la bouche d'un geyser peut le rendre inactif) a entraîné la mise en oeuvre de contraintes drastiques afin de canaliser les millions de visiteurs annuels. Cela peut parfois sembler un peu frustrant de se trouver confiné sur des passerelles de bois, mais il faut reconnaître que c'est très bien fait et nous avons été vraiment admiratifs des efforts déployé pour à la fois protéger le site et le rendre accessible au plus grand nombre. Sur les routes, il y a des "turn out" partout afin de permettre au voitures de s'arrêter pour observer la faune sauvage.
Le geyser "Daisy"
Le plus connu des geysers de Yellowstone se nomme "Old Faithful" en raison de son caractère très prédictible, celui-ci entre en effet en éruption toutes les 90 minutes environ et la durée de la précédente éruption permet de connaitre assez précisément l'heure de survenue de la suivante. Autant dire que cela attire beaucoup de monde... à tel point que des gradins ont été installés autour du site. Mais il y a bien d'autres geysers dans le bassin de Old Faithful ou dans celui de Norris. Certains sont plus où moins prédictibles, avec parfois des incertitudes de plusieurs heures, d'autres ne le sont pas du tout... Nous avons été assez chanceux car nous avons pu voir une bonne dizaine d'éruptions et pour certaines nous nous trouvions juste là au bon moment, par hasard ! C'est très impressionnant d'observer ces jets d'eau et de vapeur mêlée qui montent à 20 ou 30 m puis qui s'arrêtent brusquement après quelques dizaines de minutes ou même plusieurs heures pour certains.
Nous avons eu aussi la chance de voir jusqu'à trois éruptions simultanément, on ne sait alors plus où donner de la tête et on a un peu l'impression d'être sur une autre planète.
La fontaine "Morning Glory" dans le bassin de Old Faithful



Si les geysers offrent le spectacle le plus impressionnant, nous avons aussi été époustouflés par la beauté des fontaines, c'est à dire des résurgences d'eau souterraine qui prennent de multiples couleurs. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ce ne sont pas des oxydes qui sont à l'origine des couleurs, mais des bactéries thermophiles qui se nourrissent du souffre présent dans l'eau, la couleur des dépôts qui bordent les fontaines est liée à la température de l'eau, certaines bactéries peuvent survivre à des températures supérieures à 80o, on parle alors d'extrêmophiles.
Le "Grand Prismatic"
la digestion du souffre par les bactéries est à l'origine de l'odeur d’œuf pourri omniprésente et s'accompagne d'une production d'acide sulfurique qui à certains endroits, dissout la roche et forme des marmites bouillantes de boues. La fontaine la plus connue est certainement le "Grand Prismatic", mais il y en a plein d'autres à Yellowstone et les couleurs sont tout simplement incroyables ! Le soleil n'était pas vraiment au rendez-vous, mais le ciel nuageux donnait un petit côté "dramatique" au paysage.


Toujours dans le domaine "thermal", les terrasses de "Mammoth" au nord du parc, offrent encore un autre spectacle, il s'agit de fontaines dont l'eau dégouline le long de falaises et dont les dépôts forment des sortes de terrasses qui sont soit très colorées si la fontaine est active, soit tout en nuances de gris lorsque l'eau s'est tarie. 
Mammoth Terraces
En parcourant cet endroit on réalise à quel point tout ici est actif ; certaines terrasses, aujourd'hui sèches et grises étaient encore bien actives et colorées il y a quelques dizaines d'années, alors qu'à d'autres endroits, on voit bien que des sources brûlantes viennent juste de jaillir ou changer de cours en empoisonnant et en brûlant bon nombre d'arbres.


"Lower Fall" dans le canyon de Yellowstone
Yellowstone c'est aussi le nom de la rivière qui traverse une partie du parc et qui forme un canyon très profond avec des chutes d'eau impressionnantes.
Il est possible de se rapprocher du bord de la chute principale - "Lower Fall" - en empruntant le chemin de "l'Oncle Tom", en hommage à Tom Richardson qui  dans les années 1900 emmenait les touristes aventureux au fond du canyon, via un escalier de 528 marches, des échelles et des cordes. Aujourd'hui l'escalier compte 200 marches de moins (il s'arrête à la cascade), mais on les sent bien lorsqu'il faut les remonter alors que tout cela se situe vers 2500 m d'altitude.
"Upper Fall comme son nom l'indique se situe un peu en amont, et bien que moins vertigineuse, reste très impressionnante par son débit et sa puissance.
Pronghorn

Enfin, Yellowstone c'est aussi une réserve d'animaux sauvages. Nous espérions voir des élans ("Moose" aux États-Unis, mais nous avons appris que suite au gigantesque incendie de 1988, l'essentiel des arbres qui fournissaient leur nourriture ayant brûlés, ceux-ci ont en grande partie quittés le parc. Yellowstone reste un refuge pour les bisons qui ont été sauvés in extremis des grands massacres perpétrés par quelques pseudo-chasseurs du 19ème siècle. Nous avons pu voir quelques beaux spécimens et des troupeaux impressionnants. Nous avons aussi vu des coyotes, des marmottes à ventre jaune, bon nombre de cervidés et des "Pronghorns", la seule espèce d'antilope vivant sur le continent américain. Nous n'avons vu ni loups, ni ours (ours noirs et Grizzlis) pourtant assez communs dans le parc. 
Sur le chemin du retour nous avons fait une étape de camping à "Grand Teton National Park" au sud de Yellowstone. C'est une zone montagneuse assez élevée (la montagne "Grand Teton" culmine à plus de 4000 m) qui rappelle un peu les Alpes et qui s'étend le long de la "Snake River". Les pentes des montagnes tombent littéralement dans une succession de lacs, ce qui donne des paysages absolument splendides.
Jenny Lake à Grand Teton National Park
Après tout se périple, nous sommes rentrés en passant par "Craters of the Moon", un parc volcanique tout à fait étonnant et splendide, situé dans une zone où le point chaud qui est maintenant sous Yellowstone, a provoqué par le passé plusieurs éruptions majeures. Le parc est une véritable encyclopédie de géologie à ciel ouvert. Nous n'avions que peu de temps malheureusement mais nous y retournerons.
Craters of the Moon

Et pour finir en beauté, nous avons traversé une partie du Nevada par la "Midas-Tuscarora county road", 90 miles de route de poussière, seuls en pleine nature, extraordinaire !
Heureux(se) au milieu du Nevada


Liens vers nos photos :


















dimanche 8 juin 2014

Promenade dominicale San-Franciscaine

Lorsque j'accompagne Patricia qui va à la messe à Notre-Dame des Victoires dans le quartier français en bas de Bush Street, j'en profite pour me promener selon un itinéraire quasi-immuable qui me permet d'apprécier plusieurs facettes de San-Francisco. 

À une centaine de mètres de NDV se trouve la porte d'entrée du quartier chinois sur Grant Avenue, du moins de la partie touristique du quartier chinois, la rue est pleine de magasins à touriste vendant tous plus où moins les mêmes bricoles : tee-shirts, statuettes, appareils photos et objectifs à prix attrape gogo... Malgré le côté "touriste" j'aime bien passer par là, car le décor est sympa et met dans l'ambiance. Les noms des rues sont sous-titrés chinois et il y a quelques belles façades et fresques.

Aux coins des rues, des joueurs de huqin (instrument de musique à deux cordes) jouent des morceaux traditionnels, et parfois aussi des adaptations assez curieuses d'airs occidentaux du genre "I wish you a Merry Chrismas", l'effet est étonnant... 

Je traverse California Street avec le bruit caractéristique des câbles du Cable Car qui passent dans des rigoles. California monte raide à gauche et il y a une belle vue sur les gratte-ciel de Financial District à droite.

Bien vite je prends Clay ou Jackson sur la gauche afin de gagner le vrai quartier

chinois, celui qui s'étend sur quelques blocs de maisons le long et autour de Stockton Street. Je passe devant plusieurs pharmacies / herboristes et quelques bâtiments intéressants. Il y a quelques années on entendait le "clic-clic" des jetons de mah-jong, mais curieusement ceci semble avoir disparu. Quand on arrive dans Stockton on est est vraiment en Chine ; une foule incroyable se bouscule sur les trottoirs. Ce qui frappe se sont toutes les "mamies" chinoises qui font leur marché, les étals de fruits et légumes de toutes sortes, les étiquettes écrites en chinois, les petits commerçants accroupis dans la rue devant quelques paniers de fruits... on est vraiment en Chine


Le plus étonnant est de rentrer dans les poissonneries, on y découvre une multitude de sorte de poissons, mais aussi des crapauds et des tortues, le plus souvent bien vivants et que les "mamies" chinoises soupèsent et tâtent pour s'assurer qu'ils sont "à point". Il faut parfois avoir le cœur bien accroché, tant cela s'écarte des références occidentales. Pas de photo ici, ce n'est pas du spectacle, c'est la vie des gens...

Je continue sur Stockton et sur une centaine de mètres, les boutiques deviennent de moins en moins chinoises, je suis juste à la jonction avec le quartier italien. Changement de décor, changement de population... la transition est brutale...

Le quartier italien, c'est aussi celui des boîtes à striptease et des salons de "massage". Peu de magasins ici, surtout des restaurants et des bars. Le dimanche vers midi, il y a souvent une belle luminosité, une certaine nonchalance méridionale, c'est sympa, on se sent bien.

Je marche et très vite j'arrive sur Financial District, quartier des banques et des affaires. La transition est encore une fois étonnante, l'un des plus vieux (si ce n'est le plus vieux) immeubles de San-Francisco, couvert de cuivre verdi, tranche avec la blancheur de la Transamerica Pyramid. 

Quelques pas encore et la luminosité diminue nettement en raison des gratte-ciel qui masquent le soleil. Je passe devant la Wells-Fargo, celle de la diligence de Lucky-Luke et devenue maintenant l'une des plus grandes banques américaines. Une diligence décore le hall d'accueil dans lequel il n'y a pas âme qui vive en dehors du gardien derrière son comptoir qui doit s'ennuyer grave...

D'une manière générale, il n'y a pas grand monde ici le dimanche, quelques rares bistros  sont malgré tout ouverts pour quelques clients qui s'affairent sur leur Mac tout en avalant leur brunch.

Je re-traverse California Street en regardant les perspectives géométriques qu'offrent les immeubles. 

J'aime particulièrement les façades qui se réfléchissent les unes sur les autres. On se sent petit, tout petit... et quelque peu oppressé. Il parait qu'en cas de tremblement de terre majeur, il y aurait un bon mètre de verre dans les rues de Financial District ! J'accélère le pas...

Ça doit être l'Eucharistie... il est temps de rentrer. Je pousse quand même jusqu'à Market Street car j'entends une sorte de chant assez curieux.
C'est la communauté Sikh qui attire l'attention du public sur le massacre d'Amritsar, non pas celui dont parle Wikipedia et qui met en cause l'armée britannique, mais un autre qui aurait eu lieu du 3 au 6 juin 1984 quand l'armée indienne a attaqué le Temple d'Or à Amritsar. J'avoue ne jamais en avoir entendu parler, mais je vais me renseigner...

Les gens sont habillés de couleurs vives, presque fluo. C'est bon enfant, on distribue des plats indiens, des boissons et des tracts...


Cette fois, la messe est dite, il est vraiment temps de faire demi-tour, j'attendrai Patricia dans le bar du quartier français : "Le Rouge et Blanc" dont l'un des éléments de déco est un tee-shirt Intermarché "Les Mousquetaires" encadré au mur ! 

Voici San-Francisco dans toute sa diversité architecturale et humaine...